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Psychanalyste et Spécialiste en Psychiatrie Sociale. Il enseigne aux
Facultés jésuites de Paris et aux Facultés libres de Philosophie et
de Psychologie.
Il vient de publier : Époux, heureux époux, Flammarion.
FJL
: En tant
que spécialiste de psychiatrie sociale, que pouvez-vous dire des
répercussions de l’avortement sur la société actuelle, 30 ans après
le vote de la loi Veil ?
Tony Anatrella :
La loi avait d’abord l’ambition de réduire le nombre des avortements
et de favoriser des mesures de soutien et d’aides à la maternité.
Mais le nombre d’avortements (220.000 par an) est toujours aussi
élevé et, depuis trente ans, ce sont près de sept millions d’enfants
en gestation qui ont été supprimés. Les pouvoirs publics ont
abandonné l’idée de créer des structures d’accueil et d’apporter
l’aide sociale nécessaire aux femmes enceintes prévues par la loi.
Ensuite, la loi acceptait de dépénaliser l’avortement pendant les
dix premières semaines (puis douze avec la loi Aubry) qui demeurait
un crime passé ce délai.
Mesure exceptionnelle et permise selon certaines
conditions, l’avortement est devenu un « droit » d’interrompre le
début de la vie d’un enfant. Enfin la loi, présentée comme un simple
aménagement technique pour lutter contre la « détresse » de
certaines femmes, a accéléré le mouvement commencé avec la
contraception (loi Neuwirth 1967) de dissocier la procréation de la
sexualité puis de séparer la procréation de la relation d’un couple
stable formé par un homme et une femme.
De
ce constat découlent plusieurs conséquences.
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L’homme est évacué à tort de la procréation.
Or si la maternité ne se partage pas, en revanche la procréation
se partage entre un homme et une femme. |
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Une autre conséquence a
contribué à laisser croire qu’un enfant pouvait être conçu dans
n’importe quelle condition et qu’il était le résultat du seul
désir narcissique de l’adulte.
Il n’est pas attendu ni reçu et aimé pour lui-même
mais toujours par rapport au seul désir de l’adulte.
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Enfin
l’avortement
est devenu un moyen contraceptif
sélectionnant et supprimant les enfants porteurs d’une anomalie
quelconque. |
Après avoir lutté contre l’eugénisme des doctrines totalitaires à
la recherche de l’homme parfait et désirable, l’avortement encourage
un eugénisme pratique qui sélectionne les enfants qui ont le droit
de vivre pendant que d’autres doivent mourir. L’enfant sans défaut
est devenu une exigence sélective, nous faisant finalement renouer
avec l’usage de l’infanticide des sociétés anciennes et
préchrétiennes, lorsque les adultes décidaient du droit de vivre et
de mourir sur les enfants. Ne sommes nous pas dans un en deçà de
l’humanisation de l’homme et de sa sexualité ?
FJL
:
On parle de l’avortement comme d’un
acte anodin. Les femmes qui ont recours à l’avortement ne
bénéficient d’aucune aide, que ce soit sur le plan médical ou
psychologique. Pourtant les femmes qui ont fait cette expérience
parlent de souffrance, de culpabilité, de vide intérieur …
Pensez-vous que ces femmes aient besoin d’un suivi psychologique ?
Lequel ?
T. A. :
Les intentions de la loi Veil ont été vidées de leurs perspectives
d’aide aux femmes enceintes. C’était prévisible et les critiques
faites contre cette loi en 1974 ont été confirmées dans les faits.
L’entretien préliminaire qui avait pour but de trouver d’autres
alternatives à l’avortement a été supprimé. Au fil des années, il
est devenu un simple permis d’avorter distribué par des associations
militantes. Il est particulièrement injuste d’avoir accordé à une
seule association (le planning familial) le monopole de l’accueil
des femmes en difficulté avec leur grossesse et d’avoir éliminé
progressivement les autres associations. Le discours dominant est
pour le moins pernicieux lorsqu’on laisse entendre que l’acte
technique de l’avortement étant efficace, il ne doit poser aucun
problème psychologique et moral.
Nous sommes dans
le déni de la souffrance psychique qu’il occasionne.
Le traumatisme post avortement est une réalité même si, pour des
raisons idéologiques, on refuse de le prendre en compte. Des femmes
développent, entre autres, des dépressions masquées, des névroses
d’angoisse, des culpabilités morbides, des problèmes sexuels et des
troubles psychosomatiques. Elles se retrouvent seules avec des
interrogations qui minent sourdement leur vie psychique. Elles ont
besoin de reprendre leur vie autrement et certaines se demandent
comment elles peuvent réparer l’interruption du début de la vie de
l’enfant qu’elles portaient en elles. La psychothérapie et un
traitement avec des antidépresseurs peuvent les aider, mais c’est
parfois insuffisant car rien dans la société ne vient signifier le
soutien et le respect que l’on doit aux femmes enceintes. Il
faudrait dire à ces femmes qu’elles ont raison d’éprouver un profond
malaise après un avortement là où des militants associatifs les
culpabilisent en refusant d’accepter ce qu’elles vivent.
FJL
:
Vous dites que beaucoup de femmes
que vous recevez en consultation ont avorté. A votre avis, est-ce la
cause ou la conséquence de la fragilité de ces personnes ?
T. A. :
Les femmes souffrant d’un traumatisme post avortement
vont frapper à la porte des praticiens qui sont capables de les
entendre et de prendre au sérieux leur souffrance. Au fil des
années, j’ai vu s’accroître le nombre de femmes qui veulent
réfléchir sur les difficultés qui se sont développées après un ou
plusieurs avortements. La plupart du temps, ils sont vécus comme le
fait d’avoir donné la mort à l’intérieur de soi. Autrement dit, là
où habituellement la vie se développe, c’est la mort volontaire qui
vient interrompre le processus.
On ne joue pas impunément avec
les lois qui structurent l’humanité
dans le
domaine de la sexualité et de la procréation. Face à une telle
transgression (vécu comme de l’infanticide ou de l’eugénisme)
certaines femmes deviennent psychorigides pour se protéger à travers
le langage heurté de rationalisations militantes. D’autres sont dans
le déni et minimisent la portée de l’acte qui les dérange en
devenant cyniques ; d’autres encore sont déstabilisées et perdent
confiance en elles-mêmes. Autrement dit, à travers cet acte se
fabrique de la névrose, c’est-à-dire un conflit intrapsychique qui
engage, en partie, le destin de la personnalité marqué par un
trouble du self (la capacité à être soi). Les plus lucides
ont besoin de s’interroger sur l’image d’elles-mêmes afin d’éviter
un phénomène de délitement de leur personnalité. Le pire est quand
elles ne sont pas entendues par leur conjoint.
FJL
:
Est-ce que la banalisation de
l’avortement libère la femme de sa culpabilité ou au contraire
l’enferme dans une souffrance muette ?
T. A. :
Il y a beaucoup de mauvaise foi dans le discours dominant actuel qui
laisse entendre aux femmes qu’elles ont finalement à se réjouir de
pouvoir avorter. Un véritable interdit pèse pour ne surtout pas
envisager la culpabilité intrinsèque à l’avortement. François Dolto
l’avait déjà perçu en son temps en disant qu’il faudrait faire payer
une amende à la suite d’un avortement car on attente à la vie.
Plus la culpabilité est refusée et doit rester « muette » et plus la
souffrance s’accroît avec son lot de doute et de dévalorisation
personnelle.
La
banalisation de l’avortement accentue ce double mouvement et risque
de déshumaniser le rapport à la sexualité et à la procréation.
FJL
:
Les conséquences psychologiques
sont-elles les mêmes entre une IVG et une IMG ?
T. A. :
Nous avons créé toute une sémantique apparemment scientifique comme
pour masquer, à travers des formules, les problèmes de fond. Que ce
soit une IVG ou une IMG les conséquences psychologiques sont
relativement identiques. La seule différence qui parfois interfère
concerne l’IMG dans la mesure où l’interruption est décidée pour des
raisons médicales (malformations etc.) et pas seulement pour
convenance d’un enfant non désiré. Le malaise demeure.
FJL
:
Le travail de deuil est-il différent
pour la mère entre la mort d’un enfant par IMG et la mort d’un
enfant non viable ?
T. A. :
La plupart des mères et des couples que j’ai reçus dans cette
situation éprouvent une grande détresse. Cet enfant n’était pas un
amas de cellules ni un kyste, mais une personne qui existait dans le
sein maternel. Et s’il a fallu se rendre à la raison, l’enfant ne
pouvant pas vivre au-delà de quelques heures après l’accouchement,
et quelle que soit la forme de sa mort, il y a une séparation et un
arrachement à vivre à travers un deuil qui a besoin d’être
ritualisé. Certains le nomment et donnent à l’enfant un prénom,
demandent une célébration religieuse et souhaitent l’enterrer au
cimetière. Dans ces conditions, il est important de reconnaître
l’existence d’un être humain en gestation, là ou l’idéologie de
l’avortement le récuse jusque dans la loi française (on se demande
parfois si on ne protège pas davantage les œufs de certaines espèces
que l’embryon humain ?). Tout ce processus permet de faire le deuil
d’un enfant mort afin de se préparer à continuer sa vie et de
concevoir, dans la mesure du possible, d’autres enfants.
La ritualisation de la mort de l’enfant
permet d’éviter que les enfants à venir soient le prolongement ou la
copie du frère ou de la sœur qui ne pouvait pas vivre.
FJL
:
La lassitude du corps médical
commence à apparaître ? Pouvez-vous nous en parler ?
T. A. :
Les médecins n’ont jamais apprécié leur activité
« d’avorteurs ».
Ils ont choisi la médecine pour soigner, pas pour donner la mort. Si
certains ont accepté de pratiquer des avortements, avec le temps ils
supportent de moins en moins ce type d’intervention qui finit par
produire des effets délétères sur le personnel soignant. L’imagerie
médicale change la représentation que l’on se fait de l’enfant en
gestation.
Jusqu’à ces
dernières années, on s’imaginait que l’enfant existait seulement une
fois né et qu’il n’était rien durant les neuf mois de la gestation.
Au pire on décide, de façon toute subjective et arbitraire, qu’il
n’existe que grâce au « projet parental » que ses parents ont sur
lui. Cette construction est démentie dans les faits puisque l’enfant
existe bien pour lui-même et réagit de multiples façons dans le sein
maternel.
De moins en
moins de médecins acceptent de mettre un terme à la vie de l’enfant
qui se développe.
Il se dégage de cette pratique un profond malaise et des problèmes
de conscience que la multiplication des lois pour libéraliser
l’avortement ne cesse d’accentuer.
Elle crée un ordre moral insoutenable qui va à l’encontre des
valeurs de la vie. Nous pouvons faire l’hypothèse que le manque de
respect à autrui et des valeurs qui fondent la société trouve son
origine dans l’élimination de l’enfant à naître.
Quand on ne
respecte pas le début de la vie humaine comment peut-on respecter la
vie,
les malades, les personnes en fin de vie et les morts qui reposent
dans les cimetières ? Tout se tient : la dépression des femmes qui
vivent le traumatisme post avortement et le malaise du corps médical
relèvent du même malaise.
FJL
:
On parle du syndrome des
« survivants » chez les enfants de femmes ayant avorté. Ne
peuvent-ils pas dire au contraire qu’ils ont été particulièrement
choisis et d’autant plus aimés ?
T. A. :
On peut le dire pour se rassurer. Des enfants sont plutôt choisis et
aimés pour le confort des adultes que pour reconnaître leur
autonomie qui les fait exister indépendamment de ce que l’on appelle
« le projet parental ».
Les « survivants » se disent principalement : « mes
parents auraient pu me faire disparaître ». Nous retrouvons le mythe
de Chronos qui détruit ses enfants et qui est un des fantasmes
primaires de la condition humaine : l’angoisse d’être tué ou
abandonné par ses parents.
Les fables et les contes sont riches de la mise en
scène de ce récit fantasmatique lorsque l’enfant s’imagine que
l’adulte peut décider de sa vie ou de sa mort (l’infanticide).
Lorsque dans la réalité, la société permet la mise en œuvre de ce
fantasme primaire, les « survivants » se disent inconsciemment :
« j’ai échappé au désir de mort des adultes ! ».
Dans les psychothérapies d’enfants et d’adolescents,
quand ce ne sont pas les jeunes adultes, on entend souvent des
sujets qui s’interrogent à partir de l’angoisse de mort que
représente l’avortement. Ainsi, une jeune femme de plus de trente
ans qui a toujours été accrochée à sa mère et craignait de la
perdre, à mieux compris sa situation pour s’engager dans la vie
lorsqu’elle a appris que sa mère avait tout fait pour avorter d’elle
sans y parvenir.
C’est
pourquoi, je pense que
l’avortement est un phénomène
qui génère une société dépressive
qui, par manque d’espoir, se complait dans la grève des naissances.
La politique familiale qui devrait soutenir et valoriser la
naissance et l’éducation, encourage la peur de l’enfant et la chute
démographique. Ainsi, la grossesse est parfois devenue une maladie
dont le soin consiste à faire disparaître l’enfant gêneur.
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Depuis
la loi Veil*
1975 :
La loi Veil du 17 janvier
dans son article 1er rappelle que :« La loi garantit le
respect de tout
être humain dès le commencement de sa vie » mais
dépénalise l’avortement jusqu’à la dixième semaine de
grossesse, lorsque la femme est dans une situation de détresse
et jusqu’à 9 mois de grossesse quand l’enfant est malade ou
handicapé.
1982 :
la loi Roudy autorise le
remboursement de l’IVG.
1993 :
la loi Neiertz créée le délit
d’entrave à l’IVG, passible de 2 à 3 ans de prison et de 2 000
à 30 000 francs d’amende.
2001 :
la loi Aubry facilite l'accès à l’avortement : le délai légal
est porté à douze semaines, l’autorisation parentale pour les
mineures est supprimée, ainsi que l’entretien obligatoire pour
les femmes majeures. Le délit d’entrave est étendu aux
pressions morales et psychologiques et la clause de conscience
des médecins est fortement entamée, voire supprimée pour les
chefs de service hospitalier.
2004 :
le ministre de la santé P.
Douste-Blazy signe le décret autorisant l’avortement
médicamenteux à domicile.
*Cf.
Gènéthique de
janvier 2005
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Maisons Tom Pouce |
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Pour accueillir les femmes enceintes en difficulté
Créée en 1987, à l'initiative du Professeur Jérôme LEJEUNE et de
Geneviève POULLOT, la Maison Tom Pouce fut le premier centre
d’hébergement d’urgence destiné à accueillir et héberger toutes
les femmes enceintes en difficulté – difficultés sociale,
matérielle, affective - dès le premier mois de grossesse. Les
Maisons Tom Pouce aident également à la réinsertion des jeunes
mamans en cherchant avec elles une structure d’accueil
post-natale, et en leur donnant les moyens d’être autonomes.
Aujourd’hui, il existe 3 maisons en France : une en
Seine-et-Marne et deux dans la Sarthe. La Maison Tom Pouce -
Seine et Marne est agréée centre maternel depuis 3 ans. |
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Propos de
Marie Noëlle Couderc, directrice de la Maison Tom Pouce de Seine
et Marne
La vocation des Maisons Tom Pouce
a-t-elle changé depuis leur création ?
Depuis sa création, la vocation de notre centre d'accueil s'est
affirmée. Nous accueillons toutes les femmes enceintes dès les
premières semaines de grossesse. Aujourd’hui, nous avons
beaucoup de demandes d'hébergement pour de très jeunes
grossesses. Les services sociaux sont heureux de nous trouver
car personne ne fait de l'accueil d'urgence spécialisé pour les
femmes enceintes. On nous appelle souvent le SAMU Maternel...
Dans quel état d’esprit sont les
jeunes femmes qui arrivent chez vous ?
Lorsqu'une future maman arrive à la maison, nous lisons sur son
visage tristesse et inquiétude. Elle a peur d'être jugée,
malmenée. Il lui faut du temps pour prendre confiance.
Fragilisées par leur état et leur situation de détresse, ces
futures mamans doivent faire face à toutes sortes de pressions.
Elles doivent lutter pour garder leur bébé et faire respecter
leur choix. Lorsqu’elles arrivent chez nous, ces femmes ont
d’abord besoin de gentillesse, de sourires, de patience et
d'écoute.
Avez-vous constaté une évolution
dans la prise en charge des futures mères ?
Le bilan des femmes enceintes en situation de détresse,
aujourd'hui, est lourd. Actuellement, on refuse à une femme
enceinte et en situation difficile de choisir de mener à terme
sa grossesse. Elle est obligée d'imposer son choix. La grossesse
est vécue dans la solitude. Notre pratique de tous les jours
nous démontre que s'il y avait plus de structures d'accueil et
de solidarité médicale, beaucoup de femmes choisiraient
d'accueillir le bébé qu'elles portent.
C’est pourquoi nous tenons à être présents sur le terrain et au
quotidien... Toute personne après avoir subi des humiliations à
besoin de se reconstruire dans un climat calme et chaleureux.
Coordonnées
Maison Tom Pouce
Marie-Noëlle COUDERC
91 Allée Henri Matisse - 77190 DAMMARIE LES LYS
Tel : 01 64 06 66 22
contact@lamaisondetompouce.fr
www.lamaisondetompouce.fr |
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