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COMMUNIQUE

" Pourquoi la convention internationale contre le clonage a-t-elle échoué ? "

12/11/03

L’ONU a-t-elle manqué d’une majorité d’Etats voulant interdire le clonage ? Pas du tout. Cette majorité existe bel et bien. L’interdiction du clonage aurait donc pu être acquise dès l’automne 2003. Mais, mis au pied du mur, les Etats favorables au clonage ont réussi à renvoyer la décision à 2005 en obtenant un vote favorable sur une motion de report présentée par l’Iran au nom de l’Organisation de la Conférence Islamique. Et cela, à une voix près. Le temps de se donner deux années de transgression supplémentaires et de jouer ensuite sur un effet de cliquet qui permettra de dire : « comment voulez-vous qu’on interdise le clonage puisqu’on le pratique déjà ? ». Il faut le constater, les Etats favorables au clonage sont plus influents qu’on ne le pense. C’est évident pour le Royaume-Uni et la Belgique qui ont été les premiers à l’autoriser chez eux. Mais c’est aussi le cas d’autres Etats comme l’Allemagne et la France dont le moins que l’on puisse dire est que leurs positions sont très ambiguës puisqu’ils se sont rangés délibérément du côté de ceux qui avaient déjà transgressé ou qui s’apprêtent à le faire. Or, ce que ces Etats condamnent ce n’est point tant la technique elle-même du clonage que la naissance d’un enfant cloné. Les illustrations de cette position intenable sont éclairantes ; elles émaillent notamment les textes et les débats actuellement en cours au Parlement français.

La « monstruosité », c’est le clonage ou l’enfant cloné ?

La version initiale de la loi bioéthique, présentée par l’ancienne majorité et adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale en janvier 2002, interdisait « toute intervention ayant pour but de faire naître un enfant ou se développer un embryon humain qui ne seraient pas directement issus des gamètes d’un homme et d’une femme ». Au moins, sur ce point, les mots collaient à la réalité en ne dissimulant pas que le clonage produit un embryon qui peut entraîner la naissance d’un enfant. Suite à l’adoption de l’amendement du nouveau gouvernement, le texte voté par le Sénat en janvier 2003 devint ceci : « est interdite toute intervention ayant pour but de faire naître un enfant génétiquement identique à une autre personne humaine vivante ou décédée ». La différence est de taille. Comme le souligne le rapport parlementaire [1], « seul est pris en compte le fait d’avoir pour but de faire naître un enfant cloné ; la référence au fait de laisser se développer un embryon – qui était contenue dans la rédaction initiale du projet de loi – est absente. A bon escient, la rédaction du gouvernement ne retient comme critère décisif que le fait d’avoir pour but la mise au monde d’un enfant ». Autrement dit, quand on agite le chiffon rouge du clonage, dans une volonté d’affichage politique, et qu’on ne trouve pas de mots assez forts pour exprimer sa « monstruosité », ce n’est nullement de la technique du clonage dont il s’agit, mais seulement de la naissance d’un enfant cloné.

Ces « éléments de contexte » qui retardent l’autorisation du clonage

Car « il en va tout autrement de la technique dite du clonage thérapeutique qui suscite beaucoup d’attentes en termes de connaissances et de thérapeutiques cellulaires », poursuit le rapport parlementaire. De nombreux scientifiques (lesquels ?) seraient convaincus de l’impérieuse nécessité (laquelle ?) d’autoriser le clonage dit thérapeutique pour apporter des réponses (lesquelles ?) à certaines pathologies aujourd’hui incurables. En somme, le seul obstacle qui s’oppose à l’autorisation de cette technique aujourd’hui, ce n’est pas l’absence de réponses aux multiples questions posées par le clonage, mais juste la disponibilité limitée des ovules, celle-ci conduisant à développer un marché et entraînant de lourdes sujétions pour les femmes. D’ores et déjà des pistes sont lancées pour contourner l’obstacle : prélèvements d’ovules à l’occasion de l’assistance médicale à la procréation, obtention d’ovules à partir de cultures de tissus germinatifs, prélèvements d’ovaires dans le cadre des dons d’organes. On voit donc que, non seulement il n’y a pas d’interdiction de principe du clonage dit thérapeutique, mais son autorisation est seulement tenue pour prématurée, en raison de certains inconvénients provisoires. Et ces « éléments de contexte peuvent évoluer en quelques années… ».

La contrefaçon d’embryons sera moins risquée que la contrefaçon de CD

Il en résulte que le clonage reproductif fait l’objet d’une incrimination particulièrement lourde dans le code pénal : rien de moins que la réclusion criminelle à perpétuité et 7 500 000 € d’amende ! Sans parler de l’interdiction des droits civiques, civils et de famille, de l’interdiction d’exercer une fonction publique, de l’interdiction de séjour, de la confiscation de tout ou partie des biens, meubles ou immeubles, divis ou indivis, de la confiscation du matériel qui a servi à commettre l’infraction, de l’interdiction du territoire français à l’encontre de l’étranger coupable et du droit de poursuivre à l’étranger un Français coupable… Soit. Mais le clonage dit thérapeutique, lui, n’est que modestement interdit dans le code de la santé publique et ne fait l’objet que d’une condamnation classique au titre des infractions en matière de loi biomédicale : sept ans d’emprisonnement et 100 000 € d’amende. En d’autres termes, si vous tentez de faire naître un enfant cloné, vous risquez la perpétuité ; mais si vous envisagez de procéder à la contrefaçon par clonage – puis à la destruction - de milliers d’embryons humains à des fins industrielles, commerciales, de recherche ou thérapeutiques, le prix à payer, si vous êtes pris, sera moins élevé que l’amende envisagée pour contrefaçon de CD (150 000 €) ! Autant dire qu’à l’encontre de grandes firmes pharmaceutiques qui trouveront dans l’usage du clonage humain, en toxicologie, une alternative financièrement intéressante à l’expérimentation animale – car c’est bien de cela qu’il s’agit - la dissuasion est plutôt molle.

La collusion du scientisme et du marché

Le sentiment d’une étrange fatalité se fait jour : la criminalisation du clonage reproductif est d’autant plus sévère qu’on favorise en pratique toutes les conditions pour qu’il survienne. Personne n’est dupe : permettre le clonage dit thérapeutique, c’est « reproduire » des embryons pour la recherche, c’est donc « reproductif » ou ça n’est pas du clonage ! Le projet de loi bioéthique d’ailleurs ne le cache pas : quand il évoque le clonage thérapeutique, il parle de constitution d’embryons. Le Président de la République lui-même, comme bien d’autres, avait déclaré avec justesse que le clonage dit thérapeutique ouvre de facto la porte au clonage reproductif. La démesure de la répression envisagée dans la prochaine loi bioéthique donne alors l’impression qu’il ne faut à aucun prix que le clonage laisse une trace tangible de l’être humain créé. L’embryon cloné à des fins de recherche, puis détruit, personne ne le verra et n’y pensera, donc la répression est légère, mais l’enfant cloné serait un remord terrible, et pour longtemps. Alors, d’avance, il faut tout faire pour éviter le remord, pour empêcher l’enfant, au moins pour l’interdire sur le papier. « Dieu se rit des créatures qui se plaignent des effets dont elles chérissent les causes », disait Bossuet.

Les États partisans du clonage portent une lourde responsabilité, celle de l’échec de cette convention internationale, et ils peuvent difficilement arguer de leur bonne foi. Ils nous ont répété à l’envi que l’interdiction du clonage à l’échelon mondial ne pouvait attendre et que l’objectif visé était la rapidité. Or, le 6 novembre 2003, les conditions du succès étaient réunies. En outre, au sein de la majorité des États prêts à interdire le clonage, beaucoup sont des petits pays, en voie de développement, qui insistent sur le risque encouru par leurs populations dont la précarité sera exploitée pour fournir des ovules aux marchands de rêves. Ils savent de quoi ils parlent. Ces États courageux et lucides, qui attendent des investissements de la recherche médicale sur des priorités autrement plus importantes pour eux, ont été trahis. On leur a imposé la politique du pire : ne rien faire pendant deux ans et laisser les contrebandiers du bonheur organiser un trafic. Il ne leur a pas échappé que les États partisans du clonage les ont circonvenus par une attitude de duplicité : réclamer à la fois l’interdiction formelle du clonage par convenance et son autorisation pratique par intérêt. Osant dire haut et fort la vérité, le Costa Rica, soutenu par les États-Unis et plus d’une cinquantaine de pays, ont compris que les apologistes de la transgression font naviguer le clonage reproductif sous le pavillon de complaisance du clonage dit thérapeutique. Ils ne voulaient pas de ce mensonge. Il ne leur a manqué qu’une seule voix pour faire entendre la leur. Cette voix avait autorité pour parler tant sa tradition humaniste est prompte à fustiger la « marchandisation » de la culture ou de l’environnement, par exemple. Cette voix était peut être la seule capable de brocarder avec talent la collusion du scientisme et du marché au détriment des plus démunis. Elle était attendue, pourquoi n’a t-elle pas été au rendez-vous ? Tragiquement, cette voix absente était celle de la France.


[1] Rapport de l’Assemblée nationale sur le projet de loi, modifié par le Sénat, relatif à la bioéthique, n° 761, avril 2003

Jean-Marie Le Méné

Président de la Fondation Jérôme Lejeune

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