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COMMUNIQUE

" La bombe à retardement des cellules embryonnaires "

02/07/02

Tout en suggérant mollement qu’elle n’en veut pas, la France s’oriente à petits pas vers l’acceptation du clonage. L’observation, dans le même mois, de trois indices d’évolution rapide devrait nous conduire à définir une stratégie claire.

Un premier indice nous a alertés : l’effet de cliquet de la décision de M. Schwartzenberg, ancien ministre de la recherche, la veille de la démission du gouvernement Jospin. Le ministre a tranquillement autorisé l’importation de cellules souches embryonnaires d’êtres humains à des fins d’expérimentation au profit du laboratoire de biologie des cellules souches humaines du CNRS.

Or cette autorisation, qui survient tandis que la France n’autorise pas la recherche sur l’embryon, est illégale. Les textes sur lesquels elle se fonde visent des cellules et des tissus provenant du corps humain d’un donneur consentant, mais en aucun cas ne s’appliquent aux embryons humains. Ensuite, le projet de loi bioéthique adopté le 22 janvier dernier par l’Assemblée nationale – et qui évoque ces questions - n’a pas encore été examiné par le Sénat. On ne peut que s’étonner d’une telle précipitation alors même que le débat démocratique n’a pas été conduit à son terme. Enfin l’ancien ministre de la recherche a avoué, dans un communiqué de presse, qu’il avait pris une mesure en violation de la loi, ce qui est tout de même pour le moins inélégant vis à vis de son successeur et provocant à l’égard du législateur.

Le deuxième indice, c’est la litanie du dogme. L’académie de médecine et l’académie des sciences, pour ne citer qu’elles, ressassent l’impérieuse nécessité de faire allégeance au catéchisme de l’instrumentalisation de l’embryon : « sans expérimentation sur l’embryon et sans autorisation du clonage, point de salut ! ».

Ce dogme n’est évidemment pas démontrable mais l’on est prié d’y adhérer pour ne pas tomber dans l’enfer obscurantiste. En revanche, il est démontrable mais en apparence oublié que, sans contestation possible, l’embryon est un être humain extrêmement jeune. Et que la seule manière de donner ses lettres de noblesse à la thérapie cellulaire est de recourir aux cellules souches adultes qui ne posent, elles, aucun problème éthique. Aussi, les moyens de persuasion utilisés par les experts sont-ils de mauvaise foi. D’abord la fausse distinction d’un « méchant » clonage (reproductif) et d’un « gentil » clonage (thérapeutique), pudiquement rebaptisé « transfert intraovocytaire de noyau somatique ». Alors que cette expression est la description même du clonage qui est toujours reproductif par définition ! Ensuite la théorie de la dérive encadrée : il faut accepter le principe de la dérive, mais dans des cadres. Résultat, on dérive avec les cadres, c’est à dire qu’on transgresse mais avec bonne conscience. Ainsi a-t-on pu passer insensiblement en quelques années de la prohibition apparente de l’expérimentation sur l’embryon, dans la loi bioéthique de 1994, à l’anathème de ceux qui osent s’y refuser aujourd’hui.

Le troisième indice, plus délicat à évoquer, est nouveau : c’est le vecteur des larmes. L’idée consiste à recueillir l’avis des malades éventuellement concernés par les hypothétiques retombées thérapeutiques des recherches sur l’embryon et le clonage, puis à en tirer des recommandations qui seront rendues publiques.

Osons le dire, il s’agit d’une fausse bonne idée. Que ces malades et leurs familles aient envie de guérir ne fait aucun doute, ce serait même une insulte que de leur demander. Mais les interroger sur le traitement est plus que douteux. Car pour obtenir des réponses aux questions posées, il faut les informer de perspectives thérapeutiques qui sont incertaines et de transgressions éthiques qui sont certaines. Et il me semble que conduire des parents d’enfants malades, ou des malades eux-mêmes, à exprimer soit qu’ils refuseraient la guérison par n’importe quel moyen, soit qu’ils accepteraient cette guérison, même au prix de la destruction d’embryons, est dans tous les cas de figure une démarche inhumaine. Non seulement, ce n’est pas au malade de définir son traitement, mais il n’est pas plus, ni moins, qualifié qu’un autre citoyen pour parler d’éthique. L’enfermer dans le choix dramatique entre la transgression ou l’incurabilité et faire ensuite de sa réponse le socle sacré d’une loi à venir est une méthode plus que discutable et certainement inefficace. En effet, par une sorte d’effet d’éviction, on risque d’oublier que la totalité des moyens modernes nécessaires à la recherche pour parvenir à la guérison sont… licites.

Il y a pour des raisons pragmatiques, en éthique biomédicale et singulièrement par rapport à l’embryon, un principe d’intangibilité à réaffirmer aujourd’hui, sous peine d’être incapable de répondre aux questions de demain qui seront de plus en plus complexes. C’est M. Badinter qui rappelait que la loi d’abrogation de la peine de mort reposait sur un principe général qui ne devait souffrir aucune exception. A l’inverse, nos lois qui dérogent au respect de la vie humaine commençante ont été construites sur des exceptions qui ne souffrent aucun principe. Le résultat, c’est que « les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires ». Relisez le rapport parlementaire sur la bioéthique de la majorité précédente : entre la revendication d’utiliser les cellules souches embryonnaires et la revendication du clonage, il y a l’épaisseur d’une seule page. Il y est même écrit que la seconde revendication découle automatiquement du risque d’échec de la première.

Sans l’avoir voulu, nous risquons donc d’avoir le clonage, sauf à désamorcer la bombe à retardement de M. Schwartzenberg sur l’importation des cellules embryonnaires, à faire comprendre aux acharnés de l’utilisation de l’embryon que l’avenir de la recherche n’est pas dans la transgression et à refuser de prendre en otage la souffrance des malades. Car on n’achète pas les larmes.

Jean-Marie Le Méné

Président de la Fondation Jérôme Lejeune

Contact Presse : Aude Dugast 01 55 42 55 14