Avant
de pousser des cris d’orfraie, il serait peut être intéressant de
se demander si nous avons la conscience absolument tranquille au
sujet du clonage.Car enfin, qui est
favorable au clonage dans le monde ? Il y a tout de même de quoi
être stupéfait d’apprendre que les Etats-Unis et le Vatican
seraient, par leur intransigeance, responsables de la naissance du
premier enfant cloné ! Telle est l’hypothèse que l’on peut
découvrir en lisant les propos du Pr. Frydman et de Mme Lenoir,
ministre déléguée aux affaires européennes. A l’ONU, la France et
l’Allemagne avaient demandé l’interdiction du seul clonage
reproductif. Tandis que les Etats-Unis et le Vatican étaient
favorables à une interdiction de tout clonage, qu’il soit
reproductif ou thérapeutique. Position scientifiquement
irréprochable, puisque tout clonage est reproductif dans la mesure
où il commence par produire un embryon. Or, selon Mme Lenoir,
« cette dernière prise de position, considérée comme trop absolue
par nombre d’Etats, n’a pas permis d’arrêter un mandat de
négociation en vue de l’élaboration d’une convention
internationale. Nous en sommes là ». De son côté, le Pr. Frydman
regrette cette « position maximaliste » qui a fait que « du coup,
rien n’a été décidé » et que « les Etats-Unis, à vouloir jouer les
chevaliers blancs, ont tout perdu ».
En réalité, les partisans du clonage sont
beaucoup plus nombreux qu’on ne l’imagine, mais ils voudraient
nous (et se) rassurer en distinguant un méchant clonage
(reproductif) et un gentil clonage (thérapeutique). Ils
souhaiteraient naviguer sous pavillon de complaisance en
rebaptisant « transfert de noyau somatique » le clonage
thérapeutique. En somme, ils aimeraient interdire le clonage tout
en commençant par l’autoriser !
La vérité, c’est que nous sommes en pleine
dépression éthique. Quelle émotion de lire, sous la plume des
commentateurs, que le principal reproche à faire au clonage, c’est
de ne pas fournir à l’enfant le cadre d’une relation de couple
indispensable à la constitution de son identité ! Alors que,
depuis belle lurette, les techniques de procréations médicalement
assistées, avec dons d’ovules ou dons de sperme, ont fait éclater
ce cadre. Pourquoi soudain s’indigner de la détermination des
caractéristiques génétiques et physiques d’un nouvel être humain ?
Alors que les diagnostics prénatal et préimplantatoire ont déjà
installé le principe de la sélection de l’humain conforme à
certains standards. Pourquoi proclamer tout d’un coup qu’un être
est unique et irremplaçable, qu’il ne peut être l’objet d’un choix
délibéré de la part d’un autre humain, alors que le « projet
parental » est devenu le critère d’acceptabilité de l’enfant ?
Pourquoi s’inquiéter de ce que l’enfant cloné serait dans une
situation psychique qualifiée d’impossible alors qu’il serait
possible de lui donner deux parents de même sexe ?
Bien sûr, toutes ces raisons sont exactes. Mais
il est aussi exact que ces raisons ont toutes été transgressées.
Par « compassion ». Dès lors, il est pratiquement certain que la
« compassion » viendra aussi à bout de la peur du clonage.
Certains médecins français estiment déjà qu’ils n’auraient pas à
juger des motivations d’une femme demandant l’implantation d’un
embryon cloné, pas plus qu’ils ne jugent des motivations d’une
femme recourant à une fécondation in vitro « classique ».
Au fond, ce n’est pas cette naissance qui est
condamnable, mais ceux qui rendront toujours possible le clonage
reproductif parce qu’ils ne veulent pas interdire aussi le clonage
thérapeutique. Et ceux qui tentent de faire croire que
l’exploitation de millions d’embryons clonés, à usage
thérapeutique, serait moins grave que la naissance d’un seul
enfant cloné.
Allons jusqu’au bout du raisonnement : si le
clonage reproductif est tellement monstrueux, aurait-on préféré
disposer d’Eve, très jeune, en pièces détachées ? Cette
alternative est strictement la proposition du clonage
thérapeutique. Qui osera le dire, maintenant que l’embryon cloné a
un visage ? Le clonage thérapeutique, c’est le clonage reproductif
plus la mort. Le clonage reproductif est un crime contre
l’humanité mais le clonage thérapeutique l’est doublement. Ne
jouons pas les Candide : la seule solution est d’interdire en
amont tout clonage embryonnaire. La recherche vaut mieux que des
délires sectaires. Adam ne doit pas tuer Eve.
Jean-Marie Le Méné
Président de la Fondation Jérôme Lejeune