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ARTICLE
"
Mort sur ordonnance ?"
de Jean-Marie Le Méné
Le Figaro
17/11/00 |
La
cour de cassation rend son arrêt aujourd’hui dans l’« affaire
Nicolas Perruche », ce jeune homme gravement handicapé né en 1983.
Ses parents ont déjà obtenu réparation pour faute – une rubéole de
la mère mal détectée – du médecin traitant et du laboratoire.
Maintenant, la question est de savoir si Nicolas peut lui aussi
être indemnisé parce qu’il vit et n’a donc pas fait l’objet d’une
IVG thérapeutique in utero…
Dans la requête des parents qui demandent, au nom de leur fils
handicapé, la réparation
d’un « préjudice de vie », personne ne songe à nier la souffrance
de la famille. Mais qui peut estimer en conscience que
l’apaisement est au bout de ce tunnel procédural ? La réparation
en justice exige, on le sait, trois conditions : une faute, un
préjudice et une causalité entre les deux.
Il y a bien eu une faute dans la mesure où le médecin n’a pas
informé correctement la mère des conséquences de sa rubéole. Et
les parents en ont justement obtenu réparation. De son coté,
l’enfant souffre d’handicaps terribles que la société doit tout
faire pour soulager. Mais aller jusqu’à considèrer que c’est la
faute médicale ( et non la rubéole ) qui est à l’origine de ces
handicaps et que la vie en elle-même de cet enfant (et non son
handicap) peut être tenue pour un préjudice est un point de
rupture.
Si l’on suit cette logique froide et si l’enfant doit obtenir
justice du fait d’être né, on ne voit pas comment réparer plus
intégralement le « privilège de mort ». Pour abolir une « peine de
vie » faudrait-il établir une « chance de mort » ? Jamais l’adage
summum jus, summa injuria n’a été plus dramatiquement d’actualité.
Fort heureusement, le juge n’ira pas jusque-là et n’ordonnera pas
la mort pour réparer une vie.
Mais supposons que le juge retienne simplement le principe d’une
indemnisation du préjudice d’être né pour la personne handicapé :
les conséquences ne serait pas moins redoutables. Car ce ne serait
plus l’ordonnance du juge mais l’ordonnance du médecin qui
prendrait le relais pour prescrire la mort. Le généticien,
l’échographiste, le gynécologue-obstétricien, le réanimateur
pourraient ainsi être poursuivis, non pour avoir été incapable de
sauver, mais pour avoir été incapable de supprimer la vie
préjudiciable de leurs patients.
Au-delà du juge et des médecins, la première victime de cette
révolution compassionnelle serait bien la mère, conduite à
solliciter l’avortement au moindre doute, une mère privé du droit
d’aimer un enfant imparfait. Quelquefois, les parents reçoivent de
plein fouet cette interpellation de la part de leur progéniture
exaspérée : « Je ne vous ai jamais demandé de vivre ! ». Or c’est
par un surcroît d’amour qu’ils répondent mieux à cet appel,
sûrement pas devant le juge ! Et le meilleur moyen d’agir reste
quand même le développement d’une vraie recherche médicale qui
propose de s’attaquer à la maladie, et non l’inverse…
Quand la nature condamne, le rôle de la justice – comme celui de
la médecine – n’est pas d’exécuter la sentence, mais de chercher à
commuer la peine. Or la peine de mort est au juge ce que
l’avortement est au médecin, à la fois une défaite de
l’intelligence et un durcissement du cœur.
Si la vie devait être considérée comme un préjudice, c’est la
souffrance qui risquerait de n’être jamais soulagée car la
médecine est injuste quand elle n’est que prédictive et quand elle
refuse un chemin d’espoir thérapeutique à certaines pathologies
qui font l’objet d’une intolérance sociale, comme c’est le cas par
exemple, de la trisomie 21. Prétendre se débarrasser de la
souffrance quand on n’a que la mort à proposer est une tragique
erreur de méthode. Seule la vie a des droits, pas la mort.
Jean-Marie Le Méné
Président de la Fondation Jérôme Lejeune
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Contact Presse : Ségolène de Vimal 01 55 42 55 16 |
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