Les
Britanniques qui ont annoncé, il y a quelques semaines,
l’autorisation prochaine du clonage humain, ont commis, aux yeux
du monde, de la France et de chacun d’entre nous, une faute… «
salutaire ». L’avis négatif que vient de rendre le Groupe européen
d’éthique en est un signe !
Les
Britanniques ont rendu le service d’agiter la sonnette qui
réveille le monde entier du cauchemar. La perspective du clonage
humain est devenue, grâce à eux, l’occasion de retrouver le sens
commun. A peine la brebis Dolly était-elle clonée en 1997 que Bill
Clinton et Jacques Chirac condamnaient déjà une possible extension
à l’homme. Depuis, le Parlement européen, le Conseil de l’Europe,
l’Unesco et quantité d’autres instances ont condamné le clonage
humain. Ensuite, ce fut au tour de l’Allemagne, marquée par les
expériences eugéniques de la période nazie, d’annoncer, par la
voix du ministre vert de la santé, qu’il n’était pas question de
créer des êtres humains dans le but de les tuer. Quant au Saint
Père, dans une communication très inspirée, il condamna le clonage
le jour même où l’hebdomadaire médical britannique The Lancet
voyait dans les cellules souches humaines adultes (et non pas
embryonnaires) la véritable solution thérapeutique à venir.
Politiquement, l’Etat qui se risquerait à autoriser le clonage
dans un tel contexte est plutôt mal parti.
De
son côté, la France va devoir affronter un exercice de cohérence
éthique qui n’est pas dénué de suspense. Comment à la fois
interdire le clonage qui conduit à la destruction d’êtres humains
de quelques jours et étendre l’avortement qui conduit à la
destruction d’êtres humains de quelques mois ? Comment favoriser
l’avortement, comme vient de le faire la Cour de cassation en
indemnisant un « préjudice de vie », et s’indigner de la
vivisection embryonnaire ? Expliquer cela aux Français n’est pas
simple dans la mesure où certains de ceux qui condamnent le
clonage sont, en même temps, favorables à l’avortement. Il est
prévisible qu’on distinguera le « gentil » clonage, dit
thérapeutique, du « méchant » clonage, dit reproductif. Pour
laisser penser que le clonage thérapeutique n’est pas reproductif
et qu’il est donc acceptable. Alors que, par définition, tout
clonage reproduit un être humain, que celui-ci soit épargné pour
devenir une copie conforme ou sacrifié pour devenir un médicament.
Finalement, on risque de s’enfermer dans un dilemme absurde. Ou
bien accepter le clonage thérapeutique en considérant que ce
clonage-là n’est pas du vrai clonage. Alors pourquoi tant
d’histoires ? Ou bien condamner le clonage tout court. Mais, dans
ce cas, accepter au même moment l’extension de l’avortement à 3
mois reviendrait à faire prévaloir l’humanité de l’embryon sur
celle du fœtus, ce qui est dépourvu du moindre argument
scientifique.
Bien sûr, la solution la plus expéditive consisterait, comme chez
nos voisins britanniques, à accepter sans état d’âme le clonage
pour ce qu’il est vraiment : une création d’êtres consommables.
Mais ce qui est possible en Grande Bretagne ne l’est pas en France
aujourd’hui. Pour une raison ignorée de nos concitoyens :
légalement, en Grande Bretagne, l’embryon avant 14 jours, n’est
pas un être humain. Il n’est rien. Tout peut lui être infligé
impunément. C’est là que la question du clonage nous interpelle,
chacun, au fond de nous-mêmes. Que les sujets de Sa Très Gracieuse
Majesté tolèrent de ne pas être « humains » pendant leurs quatorze
premiers jours d’existence, qu’ils supportent d’être taillables et
corvéables à merci pour le plus grand profit des laboratoires
pharmaceutiques cotés à la City, et qu’ils s’imaginent que c’est
pour la gloire de la Science, libre à eux… Pour notre part, nous
revendiquons le statut de citoyens de la République française dès
nos premiers instants, et donc d’êtres sacrés, intouchables et
protégés par un Etat de droit.
Jean-Marie Le Méné
Président de la Fondation Jérôme Lejeune
31 rue Galande, 75 005 Paris
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