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ARTICLE
"Il
était une fois l'embryon
"
de Jean-Marie Le Méné
La Croix
09/03/00 |
Il
était une fois un être humain si petit qu'on ne l'apercevait
presque plus. Dans sa forme la plus jeune, il n'avait qu'une
cellule. Une seule. Formée par la rencontre du spermatozoïde et de
l'ovule, cette cellule originelle était pourtant la plus informée
de l'être humain nouvellement créé.
Dès cet instant, l'intégralité de son patrimoine génétique, unique
et irremplaçable, y était rassemblée et aucune information de
nature génétique n'y pénétrerait jamais plus. Par la suite, au gré
des divisions, les cellules successives oublieraient peu à peu
tout ce que savait la cellule originelle pour se spécialiser. On
aurait presque pu dire que cette première forme de notre être
était la plus intensément humaine, tant y était concentré ce qui
fait l'humain. Cet être extraordinaire, c'était l'embryon.
Je dis "c'était" parce que l'embryon avait un gros défaut, il
était tellement petit qu'il n'avait pas de visage. Il ne nous
ressemblait pas. Si bien qu'il était devenu difficile de croire
qu'il s'agissait bien de la forme la plus jeune de notre être.
Plus l'humanité de l'embryon s'établissait dès son extrême
jeunesse, moins elle apparaissait crédible à nos regards
sceptiques. Alors, on s'était mis à prendre quelques libertés avec
le respect pourtant dû à ce membre à part entière de notre espèce.
Telle était la situation à la fin du millénaire précédent.
Puis vint l'an 2000, son triomphalisme bioéthique et ses valets.
Foin de la mauvaise conscience ou de la conscience tout court ! Il
convient dorénavant de "relativiser le respect dû à l'embryon".
C'est-à-dire de mesurer le respect qu'on lui doit… au poids. "Je
n'accorde pas le même respect à un embryon de deux ou quatre
cellules qu'à un enfant déjà constitué ou à un adulte", affirme le
président de l'académie de médecine qui propose de donner à
l'embryon, jusqu'à la naissance, un statut intermédiaire entre la
personne et la chose. Ce qui signifie en pratique, que l'embryon
serait une chose car le propre de la personne est d'être
respectable sans mesure.
Au-delà de cette position cynique, commune avec celle du Conseil
d'Etat dans son récent rapport sur la bioéthique, il y a
l'indigence d'un raisonnement qui puise aux dérives les plus
cruelles de l'histoire.
Définir l'être humain à partir de critères morphologiques – il me
ressemble assez pour que je le respecte – correspond à la vision
raciste qu'en avait le monde antique. Aujourd'hui, Dieu merci, le
critère d'humanité n'est pas l'apparence morphologique, mais la
description du patrimoine chrosomique caractéristique de notre
espèce. Or cette information est présente dès le premier instant.
Evoquer le moment de l'animation de l'embryon et plaider pour son
animation tardive, nous renvoie au Moyen Age ! L'obscurantisme
entretenu autour de l'humanité de l'embryon permet d'en abuser
dans l'ombre. C'est commode, mais si l'embryon n'est pas humain
dès l'origine, de quel arbitraire doit-il attendre son certificat
d'humanité ?
Prétendre qu'on peut ne pas respecter l'embryon, « parce qu'à ce
stade, 50 % des embryons disparaissent naturellement », c'est
raisonner comme les médecins de Molière. Puisque certains embryons
vont mourir, prenons la liberté d'anticiper...
Soutenir que « refuser de toucher à l'embryon (…) c'est nier la
médecine », impose l'instrumentalisation de l'embryon à des fins
utilitaires, l'exploitation de l'homme, dans les mêmes termes que
l'idéologie du progrès au XIXè siècle qui a produit ce que l'on
sait.
Le savoir sur l'embryon est nouveau et le pouvoir sur l'embryon
est récent. Mais certains laissent déjà tomber sur lui un regard
lourd de convoitise, d'appropriation et de jouissance qui rappelle
l'attitude déshumanisante des trafiquants vis-à-vis de ces êtres à
l'humanité mystérieuse venus de loin. Etrange coïncidence, dans
les deux cas, pour donner ses chances à celui dont l'altérité nous
dérange, l'antidote est le même. C'est la bible du généticien et
celle du libérateur d'esclaves : « a man is a man is a man ».
Les déclarations du professeur Sureau
Dans La Croix du 17 février, le professeur Claude Sureau, nouveau
président des l'académie de médecine, revenait, dans un entretien,
sur la délicate question du statut de l'embryon. Mettant en
balance les exigences de la recherche avec le respect dû à
l'embryon, cet ancien gynécologue catholique se prononçait pour
une voie médiane : « A priori, déclarait-il, il faut respecter
l'embryon constitué de quelques cellules, mais si des arguments
scientifiques forts plaident en faveur de son utilisation, on ne
peut les rejeter ». Il suggérait aussi que l'on crée, entre le
statut juridique de "personne" et celui de "chose", un troisième
statut qui pourrait s'appliquer à l'embryon, un embryon auquel on
devrait un respect non pas absolu, mais relatif.
Jean-Marie Le Méné
Président de la Fondation Jérôme Lejeune
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Contact Presse : Ségolène de Vimal 01 55 42 55 16 |
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