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Un
médecin confond deux femmes et, par erreur, avorte l’une d’elles,
enceinte de six mois - au lieu d’enlever son stérilet à l’autre. La
Cour d’appel de Lyon fait son devoir et condamne le praticien pour
homicide involontaire. Mais la Cour de cassation, rompant avec une
jurisprudence plus que séculaire, casse l’arrêt : elle considère que
le médecin ne peut être poursuivi pour homicide involontaire.
Pourquoi ? Parce que dans « homicide » il y a « humain ». Et que
rien n’indique que la femme enceinte porte un être humain qui mérite
d’être protégé... La preuve ? Puisque la femme est autorisée à
avorter, la vie de l’enfant attendu n’a plus besoin d’être protégée.
Dans un arrêt rendu récemment, la Cour européenne des droits de
l’homme non seulement ne trouve rien à redire à ce déni de justice,
mais en rajoute dans l’indigence raisonneuse.
Molière
ne serait pas de trop pour fustiger ces mascarades
juridictionnelles. Car il faut bien avouer que s’agissant du respect
de la vie humaine, la Cour de cassation, depuis quelques années,
s’est fourvoyée : à l’occasion des affaires Perruche où elle a
condamné des médecins qui n’avaient pas fourni à leurs patientes les
moyens d’avorter leurs enfants handicapés, comme à l’occasion des
affaires d’homicides où la Cour exonère les criminels, coupables
d'accidents mortels sur des enfants in utero attendus par
leurs parents et laisse ces derniers, éplorés, dans l’impossibilité
de faire leur deuil.
Maintenant
c’est à la Cour européenne de perdre la raison. Prétendre que « le
point de départ de la vie relève de l’appréciation des États »
c’est interdire au soleil de se lever sans autorisation
préfectorale. Relever une « absence de consensus européen sur
la définition scientifique des débuts de la vie » témoigne d’une
troublante ignorance. En ces matières, les Etats n’ont pas l’ombre
d’un début de pouvoir d’appréciation et la définition du début de la
vie humaine n’est un problème que pour les esprits nécessiteux.
Certainement pas pour les scientifiques.
Il
y a quelques mois, nous avons été plusieurs à rencontrer des
ministres du gouvernement, ainsi que l’entourage proche du chef de
l’Etat, pour nous élever contre le fait qu’un cadavre, un animal de
compagnie, ou même un œuf de serpent, soient mieux protégés
pénalement qu’un enfant attendu. Et nous avons suggéré de soutenir
une intervention progressiste du législateur pour combler le vide
juridique pénal créé par la Cour de cassation.
La
réponse des décideurs publics m’a stupéfié. Sur le fond, pas
d’opinion, la question ne les intéresse pas. En revanche, il nous a
été clairement signifié que l’Etat ne ferait rien. Pourquoi ? Parce
que l’Etat a peur. Mais peur de qui, diable ? Peur des cris des
féministes qui feindraient de croire qu’il y a menace sur
l’avortement. Peur d’un prétendu lobby médical qui voudrait
s’affranchir de sa responsabilité. J’en suis resté abasourdi. Je
sais qu’on ne peut plus reprocher à de vieilles pendules de ne pas
donner l’heure juste : on sait qu’elles ne marchent plus et on s’y
habitue. Leur obstination figée dans l’erreur rappelle à chaque
instant qu’il faut chercher ailleurs la vérité, ailleurs le
mouvement, ailleurs la vie. Mais est-ce que l’Etat en est vraiment
là ?
Sur
le sujet de la défense de la vie de ses concitoyens, le Président de
la République ne peut pas se dérober, c’est son premier devoir.
"Est regis tueri cives" : c’est le devoir du souverain de
défendre ses sujets. On apprend cela en grammaire latine, bien avant
la Constitution de la République.
La
protection pénale de l’enfant à naître a coexisté sans difficulté
pendant un quart de siècle avec l’application de la loi sur
l’avortement. L'Etat peut-il sérieusement penser que le fait de
sanctionner pénalement le comportement fautif d’un automobiliste, ou
de tout autre personne ayant causé la mort d’un enfant attendu,
remette en cause la loi sur l’avortement ? Au nom de quoi la loi sur
l’avortement permettrait-elle à n’importe qui et à n’importe quel
moment de la grossesse de causer impunément la mort d’un enfant
attendu ? Ne comprend-il pas qu’il est choquant pour les citoyens de
donner aux tiers plus de pouvoirs sur la vie de l’enfant attendu que
n’en a sa propre mère ?
On
nous dit qu’il faut être une personne – ce que ne serait pas
l’enfant à naître - pour bénéficier d’une protection pénale. Mais
enfin, les caniches victimes d’accidents sont protégés pénalement,
de même que toutes les espèces animales et végétales menacées, les
fossiles… et ce ne sont pas des personnes ! Un enfant attendu par
ses parents ne vaut-il pas au moins autant qu’un fossile, au regard
du droit pénal ?
Enfin
il est une liberté dont on ne parle jamais, c’est la liberté de
procréer. Pourquoi serait-elle moins bien protégée que la liberté
d’avorter ? Le Président de la République est personnellement
attendu sur la question concrète de la défense physique de la vie de
ses concitoyens. Les Français attendent de lui une certaine vision
d’un avenir partagé, du courage et une réponse.
Jean-Marie Le Méné
Président de la Fondation Jérôme
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