ARTICLE
"Décryptage
du chromosome 21 : de la peur à l'espoir"
de Jean-Marie Le Méné
Le Figaro
15/06/00
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Le 18 mai 2000 fera date dans l'histoire. Ce n'est pas tous les
jours qu'on tourne le dos à l'obscurantisme.
Le chromosome 21 vient de faire l'objet d'une publication qui,
pour la première fois, éclaircit l'horizon thérapeutique de la
trisomie 21, ce vieux cheval de bataille de l'eugénisme médical.
L'ensemble des gènes qui composent le chromosome 21 étant
désormais connu(s), nous dirigeons (?) encore beaucoup -
passionnément - de recherches et le traitement de la trisomie 21
ne sera plus une utopie. Voilà une révolution non seulement
médicale mais aussi culturelle.
Un tabou séculaire est tombé, celui de la dernière maladie réputée
inguérissable qui justifie - comme la lèpre autrefois - toutes les
exclusions. En disant et en écrivant, librement, qu'il y a un
espoir pour les trisomiques, un autre regard est posé.
Et Dieu sait si, en la matière, le chemin qui relie la peur à
l'espoir est un fil de funambule.
On ne reproche à personne de ne pas s'y être aventuré. Au moins
est-il simple justice de saluer l'artiste qui s'y est risqué avec
talent, courage et dans la solitude, il y a plus de quarante ans.
Or, la publication de Nature est un triple hommage à l'incroyable
modernité du Pr Jérôme Lejeune.
D'abord, c'est un hommage au chercheur. Sur les quarante-six
références bibliographiques qui accompagnent la publication du 18
mai dernier, la première citée est le compte-rendu en 1959 de la
découverte du chromosome 21, ce chromosome tout petit mais répété
trois fois qui conduisit à l'abandon de la dénomination
malencontreuse de mongolisme.
Ose-t-on se souvenir que jusqu'à Jérôme Lejeune, la seule
explication de cette terrible maladie était celle de la
dégénérescence de la race blanche vers la race jaune ? Avec la
mise en lumière de l'existence insoupçonnée jusqu'alors de
maladies par aberrations chromosomiques, la génétique prenait,
grâce à lui, un essor sans précédent.
Ensuite, c'est un hommage au médecin. La compassion avec laquelle
Jérôme Lejeune accueillait en consultation des dizaines de
milliers d'enfants trisomiques avec leurs familles était connue
dans le monde entier.
" S'il est malhonnête de dire aux parents qu'on pourra guérir leur
enfant demain, il est tout aussi malhonnête de leur dire qu'on ne
pourra jamais les guérir ", confiait-il. Là aussi, il avait raison
parce que celui qui a raison c'est celui qui aime.
La mise en évidence par Jérôme Lejeune d'un surdosage génique
(trois chromosomes au lieu de deux) responsable de déséquilibres
biochimiques qu'il s'agit de corriger est aujourd'hui l'objet des
recherches les plus prometteuses.
Qui dira la détresse des familles froidement privées d'espoir par
les doctrinaires de la capitulation ? Et qui dira la détresse des
médecins privés du droit de pouvoir donner l'espoir aux familles ?
Enfin, c'est un hommage à l'humaniste. Homme de paix, il ne
comprenait pas la haine de ceux qui lui avaient un jour lancé : "
A mort Lejeune et ses petits monstres ! ".
Il n'admettait pas que la morale trouvât son compte dans un
dépistage de la trisomie 21 qui se bornait à un pistage des
trisomiques, condamnés par ignorance de la médecine. " Erreur de
méthode ", anticipait-il gravement. De fait, depuis le 18 mai,
sous la plume de ceux qui, par lassitude ou manque d'imagination,
ont prolongé la nuit obscure du dépistage, on peut maintenant lire
que le but de la médecine n'est pas de faire disparaître le malade
mais de le soigner… Enfin ! Celui qui, contre vents et marées,
pensait que " le rôle de la médecine, quand la nature condamne,
n'est pas d'exécuter la sentence, mais de chercher à commuer la
peine ", n'a pas prêché dans le désert. Il est vrai que Jérôme
Lejeune avait pressenti que la génétique, science du devenir,
pouvait être le devenir de la science.
Jean-Marie Le Méné
Président de la Fondation Jérôme Lejeune
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