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"NON AUX BÉBÉS MÉDICAMENTS "

paru dans Le Figaro 08/12/03

Monsieur le Président de la République, le Parlement se prépare à légiférer en deuxième lecture à l’Assemblée nationale sur le projet de loi de bioéthique initialement déposé par Mme Guigou, ministre de l’Emploi et de la Solidarité du gouvernement de M. Jospin.

Nous (*) souhaitons appeler votre attention personnelle sur l’approche éthique et scientifique très délicate qui sous-tend la révision en cours de ce texte, notamment à propos de la recherche sur les cellules souches embryonnaires comme sur la question du clonage.

Lors des rencontres internationales qui se multiplient sur ce sujet, au niveau de l’ONU en particulier, la position de la France est toujours très observée et attendue. Les signataires de la présente lettre soulignent les point suivants :

L’opposition au clonage embryonnaire, que vous avez souhaitée en 2002, sera un garde-fou indispensable. Il serait donc logique que le clonage thérapeutique soit autant sanctionné dans le Code pénal (ce qui n’est pas le cas) que le clonage reproductif. En effet, le clonage thérapeutique n’est qu’un clonage reproductif interrompu. Pourquoi la France ne rejoint-elle pas la position de la majorité des pays dans le monde qui veulent interdire la technique du clonage embryonnaire en tant que telle et pas seulement le clonage reproductif ? Il n’y a aucune raison scientifique d’autoriser une recherche qui détruit l’embryon ni de permettre la conception d’embryons à des fins dites thérapeutiques (il s’agirait en fait de l’extension du diagnostic pré-implantatoire, revenant à créer des « bébés médicaments »).

En revanche, il est urgent de concentrer les moyens dans le champ de la recherche sur les cellules souches adultes. L’autorisation d’expérimenter serait étendue aux nouveaux embryons surnuméraires et non plus seulement aux seuls embryons actuellement conservés. Ce point nous paraît en total contradiction avec l’interdiction de la production d’embryons à des fins de recherche. Nous demandons à réduire de façon volontariste la production d’embryons surnuméraires comme d’autres pays le fond déjà. La révision des lois de bioéthique sera-t-elle l’occasion d’un débat dont les enjeux éthiques seront clairement et explicitement posés ? Réduira-t-on ce débat à une querelle d’experts pour éviter les questions et justifier une position internationale de la France dictée par les intérêts scientistes et financiers ?

Il serait regrettable qu’un tel débat qui engage la société dans son ensemble soit escamoté. Nous avons pensé que votre position personnelle devait vous permettre d’apporter un avis éclairé et déterminant sur ce sujet.              

* Guy Coq - essayiste, professeur agrégé de philosophie ; Claude Huriet - professeur de médecine, président de l'Institut Curie, ancien sénateur ; Lucien Israël - professeur, cancérologue, membre de l'institut ; Jean-Didier Lecaillon - professeur agrégé d'économie ; Jean-Marie Le Méné - président de la Fondation Jérôme Lejeune ; Elisabeth Montfort - député français au parlement européen ; Marie-Odile Rethoré - professeur, généticienne, membre de l'Académie nationale de Médecine ; Michel Rouche - historien, professeur émérite à l'université Paris IV, directeur de l'Institut de la famille ; Emmanuel Sapin - professeur de médecine, chirurgie foetale ; Paul de Viguerie - président de la confédération nationale des AFC ; Isabelle Deschard - présidente de l'alliance des chrétiens en politique ; Elisabeth Bourgois - écrivain, infirmière, présidente de "médecine et dignité de l'homme".

Contact Presse : Ségolène de Vimal 01 55 42 55 16